Consensus ou Consentement ?

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    MOUNIER
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    Consensus ou consentement ?

    1) Décision par consensus

    La décision par consensus n’est possible 1) que si elle est l’aboutissement d’une recherche de solution par le groupe et non la volonté de défendre à tout prix une opinion personnelle que l’on possède avant le débat. En d’autres termes on est en dehors du rapport de force ; 2) que si la discussion a été menée à son terme, c-à-d que l’on ait envisagé toutes les options et que chaque participant ait pu émettre entièrement ses opinions et solutions.
    C’est pourquoi un groupe ne peut atteindre le consensus sans un cadre précis. Ce cadre est la pratique rigoureuse des règles de la discussion, aussi nommées éthique de la discussion (rappel en fin de document). Le scrutateur (voir document « Qu’est-ce qu’une Conférence de Citoyens ? ») informe, en début de séance, le Groupe de Citoyens ou les porteurs d’intérêts, des règles de la discussion. L’animateur veille à son application (par exemple, le temps de parole ; l’obligation de répondre à chaque question ; etc.).
    J’insiste sur le fait que l’objectif est la recherche de solution en adéquation avec la réalité et ne négligeant aucun groupe ou intéressé. Ce n’est donc pas une prise de décision dans l’urgence (n’allant pas jusqu’à son terme pour quelque raison que ce soit), laquelle serait forcément injuste et non conforme avec la réalité, donc partiellement réalisable, voire inefficace et couteuse en temps et en moyen financier.
    C’est pourquoi le groupe y parviendra par des moyens tels que : – L’apport mutuel de connaissance ; – L’expression des idées, favorisée par la diversité des points de vue ; – L’exposé des dissensus.
    Le consensus devient réalité lorsque : – L’échange est épuisé : toutes les questions ont eu une réponse ; – La solution a été forgée à l’aide de la participation de tout le groupe ; – Il n’y a plus d’objection non prise en considération.
    In fine, le consensus est effectif lorsque les participants sont d’accord avec le texte final exposé par l’animateur.
    Si un participant maintient une opinion dissidente, alors celle-ci est consignée dans le rapport final à la suite de l’exposé de la solution. Ainsi chacun peut juger du bien ou mal fondé de l’opinion dissidente.

    2) Décision par consentement
    « Le consensus est l’accord d’une forte majorité … » (Petit Robert) « … susceptible de dépasser, dans le cadre formel de la démocratie, la loi de la majorité. » (dict. philo. Godin).
    Le consentement, d’après le Petit Robert, c’est « l’acquiescement donné à un projet ; décision de ne pas s’y opposer. » Pour Christian Godin, le consentement est un « Accord volontaire par défaut. En ce sens, le consentement – qui se contente de ne pas manifester de refus – est un acte affaibli de la volonté : il implique une certaine réserve. »
    Notons d’abord que le consensus convient bien à la démocratie parce qu’il intervient après que tout les participants aient épuisé le sujet. Autrement dit, après qu’aient été passées en revue les opinions et objections et, qu’elles aient été prises en considération c-à-d qu’il leurs a été donné des solutions. Ainsi tous les participants ne peuvent qu’être d’accord avec la ou les solutions proposées par le groupe puisqu’ils ont été d’accord avec chacune d’elle. Dans ce cas, ce n’est pas le nombre qui fait la vérité, mais l’exposé des solutions et l’échange des arguments : le consensus est dans une logique de qualité. Dans le langage courant ne dit-on pas : « la qualité d’une décision » ?
    Ce n’est pas le cas du consentement. Car la décision est prise par un vote, lequel obéit à une logique quantitative. C’est pour cela que le vote peut très bien avoir lieu avant que la délibération soit finie, en faisant notamment appel au fallacieux argument du manque de temps. Les partis politiques et les gouvernements en usent et en abusent, au point que c’est devenu une stratégie pour faire passer toute sorte de décision avant que certaines opinions aient pu se faire entendre : ce qui est une manière de faire taire les porteurs d’opinions dissidentes (celles qui ne correspondent pas à la majorité du moment ou, dans le cas de la FI ceux qui ne pensent pas comme la direction). C’est pourquoi le consentement contribue à la pérennité du rapport de force dans les sociétés républicaines. Ce rapport de force convient au consentement car ils sont tous les deux dans une logique quantitative. Avec le consentement, on ne peut plus parler de « qualité de la décision » mais de « la quantité d’une décision » : expression qui n’a aucun sens. C’est vraisemblablement la raison pour laquelle le monde marche sur la tête.
    Dit autrement, en politique, le consentement c’est extorquer l’assentiment d’une personne à qui l’on demande de se positionner sans qu’elle ait pu éclairer son jugement. C’est le cas typique du référendum où l’on demande au votants de prendre une position, sans qu’il y ait eu réellement de débat formalisé, sans que l’on sache si les votants ont pu se forger une opinion éclairée et, s’ils jouissent de la capacité et du temps de le faire. Dans ces conditions, il est reconnu que les votes ont une origine beaucoup plus affective que rationnelle. Ce n’est pas par hasard que l’on parle de la fabrication de l’opinion public.
    Il n’est alors pas étonnant que le Petit Robert précise que le consentement puisse se limiter à une « décision de ne pas s’y opposer ». Et que C. Godin parle d' »Accord volontaire par défaut. » qui « implique une certaine réserve. »
    Ainsi, avec le consentement, personne ne sait les raisons qui ont amené à une décision car, rien n’indique où le débat, s’il existe (voir les ordonnances de Macron), a été interrompu et jusqu’où il aurait pu être mené. Ce qui fait que le consentement peut être contraint ou partiel, ou encore, le résultat « d’un acte affaibli de la volonté ». Qui plus est, la logique quantitative du consentement met en doute la validité de la décision car l’on sait que la majorité peut se tromper. Cela fait deux bonnes raisons d’écarter le consentement au profit du consensus.

    3) Conclusion
    Si nous n’avions pas d’alternative au vote, il serait réaliste d’objecter que la décision par le vote est la moins pire et que notre devoir est de s’y soumettre. Mais ce n’est pas le cas puisque la procédure qui conduit au consensus existe.

    C-dessous je rappelle qu’elles sont les règles de la discussion :

    – Chaque participant doit être capable d’adopter un point de vue qui n’était pas le sien.
    – Chaque locuteur doit pouvoir s’exprimer pleinement et sans entrave (avec un temps maximal qui – peut être défini dans chaque groupe).
    – Obligation de répondre à une question qui vous est adressée.
    – Ne pas parler en dehors du sujet (le fameux : ne pas plaider en dehors de la cause d’Aristote).
    – Toute question, explication ou argument doit être pris en considération par tous les participants ( ce que Uberto Eco appeler la «Coopération interprétative»).
    Hervé MOUNIER – rvmounier@orange.fr – Groupe St-Chamond-Gier.

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